Une simple apparence / Una mera apariencia
.

© Image: PabloNSN
|
Vous savez pas la dernière ? Il paraît que j’ai un blog. Oui, oui, un de ces machins sur Internet où je raconte ma vie. J’en ai créé un juste pour voir, par curiosité. Mais un peu par besoin aussi. Parce que j’en lisais trois ou quatre qui me plaisaient bien, élegamment écrits, intelligents, sur lesquels je laissais de temps en temps des commentaires que j’écrivais laborieusement pour essayer d’être à la hauteur. Je me suis vite rendu compte que la plupart des commentateurs avaient aussi leurs propres blogs, parce qu’on pouvait cliquer sur leurs noms – ou leurs pseudonymes, quoi – qui étaient soulignés ou mis en avant par de jolies couleurs. Et je cliquais pour découvrir ainsi d’autres blogs, des fois moins élegamment écrits ou plus intelligents ou tout le contraire. Mais les commentateurs étaient à peu près toujours les mêmes sur tous les blogs que je visitais ; en tout cas il y en avait peu sans blogmicile fixe, je crois que c’était un peu mal vu, c’est comme si tu passais tout le temps tes soirées chez les autres, à la fin tu te sens gêné si tu ne les invites pas chez toi pour leur montrer un peu comment tu vis et leur offrir une bière (et des cacahuètes). C’est pour ça qu’un bon jour je me suis choisi un joli pseudo et un titre ingénieux et que j’ai décidé de créer un blog. Sur une de ces plateformes gratuites où l’on t’en donne un tout prêt à l’emploi. C’est comme un studio en banlieue, à loyer bon marché, qu’il faut meubler un peu avec une table, trois chaises, un lit, avant d’inviter les nouveaux copains. Un bon jour tu leur dis de venir prendre quelque chose chez toi quand ils voudront et tu prépares à longueur de journée de délicieuses quiches lorraines au cas où (parce que les cacahuètes, franchement) ; et au bout de quelques jours, ils finissent par venir en t’apportant des bouteilles de vin ou juste un peu de compagnie ; ils mangent très poliment tes quiches déjà un peu rances et moisies et encensent ton goût pour la décoration (les meubles et les rideaux horribles que tu as choisis chez Ikéa, en gros). Le pire c’est qu’à la longue ça donne un travail fou, parce que te rendent visite non seulement les trois ou quatre bloggeurs que tu lisais au début, disons les copains, mais aussi, très vite, les copains des copains et puis les copains des copains des copains… Tu te sens obligé de leur rendre leurs visites, donc tu commences à lire régulièrement les blogs de tous ces gens de plus en plus nombreux, et bien sûr à leur laisser des commentaires laborieux plus ou moins inspirés. Pire, tu participes à leurs jeux blogosphériques farfelus ! À un moment donné, tu as aussi envie de faire connaissance de ces bloggeurs, je veux dire physiquement, en personne. Pour en rencontrer certains, ceux qui font de la course à pied comme toi, tu t’inscris à des courses de dimanche dont tu n’aurais même pas songé l’existence. Pour rencontrer les autres, mais aussi pour avoir une bonne matière première pour tes billets, tu vas courir des marathons exotiques en Bretagne ou à Lisbonne. Et comme tu as besoin de t’entraîner de plus en plus, tu écris de moins en moins. Parallèlement, beaucoup de gens commencent à trouver ton blog grâce aux moteurs de recherche, il y a même des copains qui te connaissaient d’avant le blog mais qui t’avaient laissé tomber (ou à l’inverse) et que tu rencontres un jour par hasard dans la rue (comme les cartes à jouer) et qui te demandent « il paraît que tu as un blog ? ». Mais en fait non, je leur explique que je n’ai plus un blog, que ce n’est plus qu’une apparence : parce qu’en tout cas je n’ai plus le temps d’y écrire. Que ce n’est plus qu’une excuse. Pour courir le marathon de Paris la semaine prochaine, par exemple, et rencontrer d’autres copains qu’eux, ceux que j’ai connus grâce à mon blog à une époque où j’y préparais tous les jours de laborieuses quiches lorraines. |
¿A que no sabéis la última? Parece que tengo un blog. Sí, sí, uno de esos chismes en Internet en el que cuento mi vida. Me creé uno sólo para ver, por curiosidad. Pero un poco también por necesidad. Porque leía tres o cuatro blogs que me gustaban, elegantemente escritos, inteligentes, en los cuales dejaba de vez en cuando unos comentarios que redactaba laboriosamente para intentar estar a la altura. Enseguida me di cuenta de que la mayor parte de los comentadores tenían también sus propios blogs, porque se podía hacer clic en sus nombres –o en sus pseudónimos, vaya– que estaban subrayados o destacados con bonitos colores. Yo hacía clic en ellos e iba descubriendo así otros blogs, a veces escritos con menos elegancia o con más inteligencia o todo lo contrario. Pero los comentadores venían a ser siempre los mismos, o casi, en todos los blogs que visitaba; en cualquier caso, había pocos sintecho (quiero decir, sin blog), creo que estaba un poco mal visto, es como si te pasaras todo el tiempo yendo de visita a casa de los demás, al final te sientes algo violento por no poder invitarles a tu casa para enseñarles un poco cómo vives y ofrecerles de paso una cervecita (y cacahuetes). Por eso, un buen día me elegí un bonito psedónimo y un título ingenioso y decidí abrirme un blog. En una de esas plataformas gratuitas en las que te dan uno ya listo para usar. Es como un apartamento en el extrarradio, de alquiler barato, que hay que amueblar un poco con una mesa, tres sillas, una cama antes de invitar a los nuevos amigos. Un buen día les dices que se pasen por casa cuando quieran a tomarse algo y te pasas los días y las noches preparando deliciosas tartas de queso por si acaso (porque, francamente, los cacahuetes) y al cabo de unos días acaban por venir, trayéndote botellas de vino o sólo un poco de compañía; se comen cortésmente tus tartas de queso ya un poco rancias y mohosas y alaban tu gusto por la decoración (que se reduce esencialmente a las cortinas y muebles horribles que elegiste en Ikea). Lo peor es que a la larga todo ello da un trabajo tremendo, porque vienen a visitarte no sólo los tres o cuatro blogueros que leías al principio, llamémosles los amigos, sino también, muy pronto, los amigos de los amigos y después los amigos de los amigos de los amigos… Te sientes obligado a devolverles las visitas, así que empiezas a leer de manera regular los blogs de toda esta gente cada vez más numerosa, y por supuesto a dejarles comentarios laboriosamente escritos con más o menos inspiración. Peor aún, ¡participas incluso en sus estrafalarios juegos blogosféricos! En un momento dado, te entran también ganas de conocer a esos blogueros, quiero decir físicamente, en persona. Para encontrarte con algunos de ellos, con los que como tú son adictos corredores de fondo, te inscribes a carreras cuya existencia nunca hubieras siquiera imaginado. Para encontrarte con los otros, pero también para disponer de una buena materia prima para tus posts, vas a correr maratones exóticos en Bretaña o en Lisboa. Y como necesitas entrenarte cada vez más, escribes cada vez menos. Paralelamente, mucha gente empieza a encontrar tu blog gracias a los buscadores, hay incluso amigos de los que habías conocido antes del blog, pero que se habían olvidado de ti (o a la inversa), a los que te encuentras un día de casualidad por la calle (como los naipes) y que te preguntan «¿parece que tienes un blog?». Pero de hecho no, les explico que no se trata ya más que de una apariencia: porque en todo caso ya no tengo tiempo de escribir en él. Que no es más que una excusa. Para correr el maratón de París la semana que viene, por ejemplo, y encontrarme con otros amigos que no son ellos, esos otros a los que conocí gracias a mi blog en una época en la que todos los días preparaba en él laboriosas tartas de queso. |
|
Texte écrit dans le cadre de la quatrième séance du Jeu du Sablier du Printemps, à partir de l’amorce (les trois premières phrases) proposée par Otir (du blog Un jour à la fois). |
Texto escrito en el marco de la cuarta sesión del Juego del Reloj de Arena de Primavera, a partir del fragmento inicial (las tres primeras frases) propuesto por Otir (del blog Un jour à la fois). |
|
Mise à jour (30 mars). L’amorce était tirée de American Rhapsody, le blog de Krazy Kitty, qui l’avait utilisée pour son billet de la Chronique d’une thèse annoncée (ou pas), où elle ne parlait absolument pas de son blog mais de l’histoire d’une thèse doctorale en sursis. Les propositions des autres joueurs, là. |
Actualización (30 de marzo). El fragmento inicial estaba sacado de American Rhapsody, el blog de Krazy Kitty, quien lo utilizó para su Crónica de una tesis anunciada (o no), en la que no hablaba en absoluto sobre su blog, sino sobre una tesis doctoral aplazada. Las proposiciones de los otros jugadores, aquí. |
Quelle chance ! Tu vas courir à Paris, tu as bien raison de t’entraîner plutôt que de bloguer.
Mais moi qui suis loin, comme j’aimerais que tu relates ensuite l’aventure ! c’est bien les blogues pour ça, vivre par procuration le temps d’un récit.
Comentario por Otir — Viernes, 28/03/2008 @ 12:02
Pssssst tu as toujours mon mail ? Je prendrais bien un thé dans un mug ou un café dans une tasse avec toi pendant que tu seras à Paris
Comentario por Kozlika — Viernes, 28/03/2008 @ 13:34
Otir, ne t’en fais pas, tu sais bien que les billets en sablier sont toujours un peu exagérés
… En fait, ces derniers jours j’écris beaucoup plus que je ne m’entraîne, aïe…! En tout cas, chronique parisienne il y aura
Kozlika, avec très plaisir !!
Comentario por PabloSolitude — Viernes, 28/03/2008 @ 18:58
Ah, ça m’énerve, je vais me répéter…puisque je lis à l’envers… Mais que tu écris bien, et je trouve que c’est plus littéraire. Comme je disais, il ya deux ans : c’est en écrivant qu’on devient écriveron… c’est une blague idiote mais ça me faisait rire (je disais ça devent mes élèves qui ne riaint pas du tout puisqu’ils ne comprenaient pas).
Comentario por zélie — Domingo, 30/03/2008 @ 15:16
Zélie, ça ne m’étonne pas qu’ils n’aient pas compris ta blague, moi j’ai mis un bon moment l’autre jour à réaliser…!
Comentario por PabloSolitude — Miércoles, 9/04/2008 @ 13:38